Le féminisme d’État

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Le féminisme d’État est un concept analytique développé dans les années 1980 par Ruth Nielsen avant d’être repris, quelques années plus tard, par Helga Hernes (à qui on l’associe traditionnellement). Il s’agissait dans un premier temps d’une notion juridique visant à rendre compte de la production de textes de lois dédiés à l’égalité entre les femmes et les hommes, avant qu’il ne serve à mettre en lumière, de manière plus globale, le nouveau répertoire d’action de l’État consacré à la réduction des inégalités de genre. Plusieurs concepts en ont alors découlé, notamment celui de fémocrates et de women’s policy machineries/women’s policy agencies.

  • Le concept de fémocrates a été développé principalement en Australie dans les années 1990, référant à la fois aux bureaucrates féministes œuvrant au sein de l’État mais également aux bureaucrates œuvrant au sein des institutions étatiques dédiées à l’égalité entre les genres. Les principaux travaux sont ceux d’Hester Eisenstein (1989), Suzanne Franzway, R. W. Connell et Dianne Court (1989), ou encore d’Anna Yeatman (1990).
  • Les women’s policy agencies regroupent quant à elles les structures intra-étatiques de promotion de l’égalité, à savoir autant les ministères que les commissions ou tout autre relais institutionnel. Amy G. Mazur et Dorothy McBride sont à l’origine de la plupart des travaux à ce sujet, notamment grâce à leur initiative transnationale, le Research Network on Gender, Politics, and the State.

Amy G. Mazur et Dorothy E McBride. 2007. « State Feminism since the 1980s: From Loose Notion to Operationalized Concept ». Politics & Gender 3 (n°4) : 501-13.

Anne Revillard. 2016. La cause des femmes dans l’État. Libres cours Politique. Presses universitaires de Grenoble.

Sandrine Dauphin. 2010. L’État et les droits des femmes: des institutions au service de l’égalité ? Archives du féminisme. Presses universitaires de Rennes.


Cet article est en partie issu d’un travail effectué dans le cadre du cours POL6020 recherche qualitative en science politique et remis le 8 mars 2021.

Le féminisme libéral

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Le féminisme libéral de la seconde moitié du XXè siècle s’inscrit dans le prolongement des mouvements de la première vague ; ses fondements sont donc égalitaires et institutionnels. Il est indissociable des figures de Simone de Beauvoir et Betty Friedan (articles spécifiques à venir).

Les féministes libérales ont un double objectif : poursuivre l’émancipation des femmes, et permettre leur libération. Selon ce courant, les racines des discriminations sexistes se trouvent dans la construction sociale des stéréotypes de genre, qui astreignent les femmes à certaines tâches et comportements particuliers, principalement liés à la sphère privée. S’ensuit deux asymétries : une asymétrie d’opportunités puisque leur est déniée l’appartenance à certaines sphères en raison de leur genre, et une asymétrie décisionnelle puisque leur sont refusées l’autonomie et l’indépendance ; or, le libéralisme postule l’égalité et le libre choix de l’individu rationnel. Ces obstacles structurels peuvent toutefois être surmontés grâce à des réformes institutionnelles, qui permettraient aux femmes d’être en libre compétition avec les hommes, et une éducation non sexiste, qui entraînerait la disparition des comportements et attentes de genre, libérant les femmes de l’injonction domestique, mais libérant également les hommes de l’injonction inverse.

De ce mouvement de libération – et du développement de groupes de discussion non mixtes permettant aux femmes de faire part de leur vécu – est né le fameux slogan américain le privé est politique, qui signifie que les inégalités et l’oppression dont souffrent les femmes dans la sphère privée résultent de l’organisation globale des rapports de pouvoir ; il est donc de la responsabilité du politique d’y mettre un terme. Ainsi, ont été mis dans le débat public les enjeux de violences conjugales, d’accès à la contraception et d’accès à l’avortement.

Il convient de souligner trois réalisations importantes :

  • la pilule contraceptive : développée aux États et mise au point en 1956 après avoir été testée à Porto Rico, Enovid est commercialisée pour la première fois en Allemagne la même année, en 1960 aux États-Unis, en 1967 en France, puis en 1969 au Canada ;
  • l’interruption volontaire de grossesse : légalisé aux États-Unis en 1973 mais remis en cause depuis, dépénalisé en France en 1975 avec la Loi Veil, revenant ainsi sur la loi de 1920, dépénalisé au Canada en 1988 ;
  • l’adoption de la CEDAW, Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, par les Nations Unies en 1979, mise en place deux ans plus tard et ratifiée par vingt pays.

Deux limites principales ont toutefois été pointées du doigt :

  • le caractère profondément blanc et privilégié de ce mouvement, qui n’intègre pas la multiplicité des vécus des femmes – et la multiplicité des femmes elles-mêmes ;
  • la prémisse fallacieuse voulant que la liberté de choix implique l’égalité des chances, ce qui conduit à une incapacité à établir une analyse systémique des structures favorisant le maintien des inégalités.

De ces critiques, et dans l’objectif de pallier ces lacunes, ont émergé les courants marxistes et radicaux.


Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter les ouvrages d’Alison Jaggar, Rosemarie Tong ou Valerie Bryson.


Anne-Charlotte Husson et Thomas Mathieu. Le féminisme en 7 slogans et citations. Bruxelles : Le Lombard.

Cathia Jenainati et Judy Groves. 2010. Introducing Feminism: A Graphic Guide. London : Icon Books Ltd.

Kristina Wolff. 2007. « Liberal Feminism ». Dans George Ritzer (dir.), The Blackwell Encyclopedia of Sociology. Hoboken : JohnWiley & Sons.

Loretta Kensinger. 1997. « (1n)Quest of Liberal Feminism ». Hypatia 12 (n°4) : 178-197.

8 mars. « 1956 : invention de la pilule contraceptive ». En ligne.